En regardant vos vidéo, vos spectateurs ne se souviendront que d’une chose : ce qu’ils ont ressenti. Qu’ils se soient endormis en vous écoutant ou que vos mots les aient captivés.
Dans le premier cas, ils seront probablement partis sans même avoir écouté le fond de votre pensée. Ils ne penseront donc même pas à découvrir le reste de votre travail. Votre watch time chutera, tout comme la portée de vos autres réalisations pour lesquelles vous avez sué sang et eau.
Dans le second cas, si vous savez jongler efficacement avec les émotions, celles-ci se renforceront jusqu’à atteindre un pic émotionnel puissant jusqu’à atteindre le fou rire ou la crise de larmes.
Ça sera alors le moment idéal pour leur transmettre un message devenu mémorable et percutant grâce à ces émotions.
Dans le processus de réalisation, votre intention de base doit donc avant tout être la création de ces sensations. Même s’il finit par y être lié, le message n’est que secondaire.
Lors de l’écriture de ma vidéo sur Tony Hawk Pro Skater, je me suis donc focalisé sur ce que j’allais faire vivre aux spectateurs… en négligeant un peu, j’avoue, le message de fond.
En m’appuyant sur cette expérience, je vous explique le processus de création de cette vidéo pour construire la vôtre autour de ces sensations. Je vous conseille donc de voir le résultat final avant de lire le reste de l’article.
Les coïncidences n’existent pas
Si le sujet de ma vidéo coïncide avec un autre projet pour un youtuber bien connu, ce n’est pas un hasard.
Lors de l’écriture du script pour la Chaine d’Edward, j’ai eu plusieurs idées de montages et d’effets vidéos accompagnés de morceaux précis traduisant l’énergie du jeu. Certaines de ces idées n’ont pas survécu à la relecture par Edward.
Pourtant, je voulais vraiment vérifier les sensations qu’elles pouvaient créer (ou non).
J’ai donc repris la proposition centrale de ce premier script, c.-à-d. celle de réaliser une carrière parfaite avec un des skaters. Autrement dit, avec un perso, Arnaud remplit tous les objectifs de chaque niveau les uns après les autres dans la limite des 2 minutes fixées par stage par le jeu.
Bref, cette carrière parfaite me donnait une direction (et une belle excuse) pour faire cette vidéo.
Sensations et montage
Point de vue des sensations à véhiculer, il y a par exemple ce moment où je tease le niveau de Roswell. Dès l’écriture, j’avais en tête les effets sonores à créer. Ma voix s’éloigne, comme si je parlais de manière étouffé. Vous entendez les bruits d’hélicoptère ainsi que l’alien appeler à l’aide. Une musique étrange et mystérieuse se fait de plus en plus forte.
Mais les sensations principales à transmettre, c’était surtout ce fun et ce dynamisme lorsque dans le jeu, vous enchainez les combos. Il fallait donc, par le montage et la musique donner cet effet sensationnel.

Pour que ça fonctionne, je devais également jouer sur les échecs. Ça me permettait de renforcer les réussites. Par exemple, dans un premier temps, sur le stage Downhill Jam (le barrage), vous voyez Tony Hawk rater le dernier saut pour obtenir la cassette VHS. Plus tard, il arrive enfin à sauter correctement.
Bref, à ce stade du projet, j’avais des idées sur la manière de transmettre l’énergie et le fun du jeu, et la direction globale. Ma seule certitude était d’ailleurs la conclusion de la vidéo, se terminant dans un enchainement ultra dynamique de figures, de combos et de niveaux validés sur fond de musique punk rock.
Tout devait donc amener le spectateur à ce point culminant.
En attendant, il fallait encore trouver ce que j’allais raconter concrètement, ainsi que le message de la vidéo. Ensuite, il faudrait structurer le tout dans un script en y ajoutant ces moments forts et enfin, tester les idées lors du montage.
Le récit global
Pour bien faire comprendre cet objectif de carrière parfaite, je devais donner tous les éléments aux spectateurs. J’ai donc construit le récit comme une présentation de Tony Hawk Pro Skater.
Donc dans un premier temps, l’introduction donne le contexte général, ainsi qu’un aperçu du ton global de la vidéo. Il y a donc un premier montage dynamique qui s’achève par une belle gamelle ensanglantée.
Ensuite, dans la première moitié de vidéo, j’ai posé les bases du gameplay, c.-à-d. les figures, les cassettes à obtenir lors de run de 2 minutes, ainsi que l’importance du level design à apprivoiser.
Cette première moitié se concentre donc sur la carrière de Tony Hawk en soulignant les difficultés du jeu… pour mieux les surmonter dans un premier gros montage dynamique s’achevant sur la réussite totale de cette carrière.

La seconde moitié introduit l’intérêt de relancer le jeu avec un nouveau skater. C’est l’occasion pour le joueur de constater sa maitrise du gameplay. De là, émerge naturellement l’idée de carrière parfaite. C’est ce qui donne lieu aux deux derniers montages dynamiques entrecoupés du message de la vidéo.
Le symbolisme des images
Dans l’écriture donc, l’important a été de prévoir régulièrement ces moments dynamiques sans informations et se focalisant sur la musique et la vidéo. Plus que des sensations, ils sont également très symboliques.
Le premier montage et le troisième se finissent en sang pour souligner le manque de maitrise.
Tandis que la fin de carrière de Tony Hawk et la réalisation de la carrière parfaite se terminent sur une succession de figures réussies et de niveaux complétés à fond. Aucun plantage. Le joueur maitrise le gameplay et le level design à 100%.

Ces instants sans infos laissent également souffler le spectateur et évitent ainsi de saturer son cerveau. Mieux, ils donnent une certaine importance à la dernière info évoquée.
C’est d’ailleurs pour ça que le message de la vidéo se trouve juste avant le dernier et ultime moment fort.
La place du message dans la structure
Simplement présenter Tony Hawk Pro Skater me semblait inintéressant, même si j’adore ce jeu. Je voulais absolument ajouter un sens à la vidéo pour la rendre unique.
Si le jeu permet aux joueurs d’imaginer cette carrière parfaite, c’est principalement pour deux raisons.
Premièrement, il est simple. Vous n’êtes pas constamment stimulé ni diverti par des récompenses à obtenir.
Ce qui amène le second point : le jeu se fait confiance. Il a un gameplay simple et un level design maitrisé. Le fun vient de là et non du fait de débloquer constamment des trophées, items, nouveaux persos, etc.
Le plaisir de jouer est donc uniquement lié aux qualités profondes du titre.

Petit disclaimer pour plus de transparence : si on veut être honnête, le manque de récompense et d’éléments à débloquer vient essentiellement du fait que c’est le premier Tony Hawk de la série. Neversoft a fini son développement à l’arrache (cf. mon reportage sur le jeu). La preuve, dès le second épisode, vous avez une chié d’objectifs à remplir par niveau.
Ce message axé sur la possibilité de s’autochallenger grâce à la sobriété du titre et au fun qu’il procure a été une magnifique excuse pour transmettre l’énergie de Tony Hawk Pro Skater (vous me direz si c’est réussi).
Au niveau de la structure, ce message est donc placé en sandwich entre deux montages dynamiques pour un double effet.
Comme mentionné avant, juste après un moment intense, les spectateurs sont plus réceptifs au message donné.
Après l’avoir entendu, ils ont encore le temps de l’assimiler lors de la fin de la vidéo qui en met plein les yeux et les oreilles (vous me direz également).
Surtout, finir sur ce moment intense permet également de marquer les spectateurs et de leur donner envie de regarder d’autres de vos vidéos en espérant y retrouver ce qu’ils viennent de trouver dans celle-ci : des émotions fortes.
Dernière pièce du puzzle
Finalement, même si tout était prévu à l’écriture, certains passages se sont mis en place lors du montage final. Non seulement il fallait caler les extraits sur le rythme de la musique, mais celle-ci a aussi modifié légèrement le rythme et l’énergie de certaines parties.
Par exemple, le passage sur la musique classique n’était pas censé être si long. Au moment où Tony Hawk foire le saut à Downhill Jam, elle devait s’arrêter dans un bruit de notes de piano désaccordées. Finalement, elle était tellement entrainante que je l’ai laissée pour conclure la carrière de Tony Hawk.

Comme quoi, malgré tout ce que vous prévoyez, il y a toujours des moments à adapter pour offrir la vidéo la plus intense possible.
Le résultat : un épisode cool à regarder (vous me direz³). En tout cas, j’ai pris beaucoup de plaisir à le réaliser et j’en suis (pour une fois) satisfait, malgré certains points à améliorer.
Et si vous souhaitez discuter de votre script ou de votre vidéo et voir ensemble comment la construire pour faire vivre des sensations fortes, contactez-moi en cliquant sur le bouton ci-dessous. Vous aurez alors l’occasion de détailler votre projet pour voir comment nous pourrions travailler ensemble.

